Ricky O., un vol Paris-Lagos (Nigeria) coordonné par Frontex
"Tous les expulsés avaient pieds et mains menottés et entravés."
10 mars 2010, un vol Paris-Lagos (Nigeria) coordonné par Frontex était organisé par
la France. Récit de Ricky, expulsé par les Pays-Bas sur ce vol.
"Ont été embarqués dans un très vieil avion de la compagnie EgyptAir :
- 8 Nigérians de Norvège,
- 5 Nigérians du Danemark,
- 8 à 10 Nigérians de France,
- 1 Nigérian des Pays-Bas
- à l'escale de Madrid : 20 autres Nigérians, parmi lesquels, 10 à 15 femmes et 2 à
3 enfants d’un âge de 8-9 ans.
Escorte de trois personnes par expulsé, et du personnel médical des Pays-Bas et de
France. Tous les expulsés avaient pieds et mains menottés et entravés (handcuffed,
cuffs attached to the waist with a bodycuff, and feetcuffed, these attached with a
strap to handcuffs). Ils n'ont été détachés que juste avant d’arriver à Lagos.
Il y a eu du retard à Madrid, causé par la résistance des quelques 20 expulsés à
l’embarquement. Durant le vol, aucun repas chaud ne leur a été servi, juste du pain
et du fromage, ce qui n’a pas du tout suffi. Pas de télévision, ni de radio sur ce
vol.
Ils ont été relâchés dans la partie réservée aux cargos de l’aéroport de Lagos.
Ce compte-rendu est celui de Ricky, qui fait partie des survivants très traumatisés
de l’incendie qui avait eu lieu au centre de rétention de Schipol (Amsterdam) en
2005, où 11 migrants sans papiers sont morts.
Il a été mis à l’isolement au centre de rétention le jour précédant son expulsion.
Lors de son transfert à l’aéroport de Schipol, les policiers l'ont menotté et
attaché les menottes à la taille. A l’aéroport, ils lui ont aussi attaché les pieds
et l'ont ensuite embarqué dans un avion privé pour Paris, avec une escorte de trois
policiers et un médecin.
Le voyage entre Amsterdam et Lagos a au total duré presque 24 heures.
A Lagos, on l’a sorti de l’avion sans lui remettre de certificat médical, ni lui
donner de médicaments comme cela avait été promis à son avocat par le «Service
néerlandais des Rapatriements et des Départs» [Department of Repatriation and
Departure]. Il a reçu 50 euros pour payer les transports et survivre les premiers
jours. Certains expulsés n’ont pas reçu d’argent du tout.
Un mois a passé depuis cette expulsion et Ricky a toujours mal à ses chevilles
enflées à cause des menottes et du traitement agressif qu’il lui a été infligé. Il
n’a pas d’argent pour payer les médicaments dont il a besoin."